2 mai 2013

La Comédie-Française : Un théâtre éphémère dans les jardins du Palais-Royal

Le temps des travaux de son immeuble historique, la troupe du Théâtre Français se transplante dans un bâtiment éphémère en bois, conçu pour assurer un confort acoustique et thermique de qualité.

A Paris, au cœur du Palais-Royal, la double rangée de portiques de la galerie d’Orléans a presque disparu. Elle délimite, pour dix-huit mois, le volume d’un théâtre provisoire, qui vient s’insérer dans l’espace laissé libre entre les deux rangées de colonnes. La contrainte des lieux a impliqué des formes simples, un grand parallélépipède rectangle de 65 m par 26 m conçu pour accueillir 750 spectateurs en gradins, sur une surface utilisable de 1 200 m2. La préparation et la préservation du site ont été relativement aisées. Deux sculptures ont été déplacées et les deux bassins qui ornent la galerie d’Orléans ont été simplement recouverts par les planchers en bois du nouveau théâtre. Autour de chaque colonne, quatre panneaux de bois forment une protection périphérique sur une hauteur de 3,60 m.

Adapter l’organisation

Le choix d’une salle temporaire s’imposait du fait de la durée des travaux, mais aussi par le mode de fonctionnement de la Comédie-Française. Quatre cents personnes y travaillent en permanence, trois décors se succèdent chaque jour de l’année. Ces décors sont dorénavant acheminés directement sur la scène par camion. En l’absence de cintres et de sous-sols, ils sont stockés dans l’arrière-scène et sont adaptés en conséquence, pour être à la fois utilisables dans cet ouvrage provisoire, et plus tard à nouveau dans la salle classique. Le fonctionnement est simple. L’entrée et la sortie des spectateurs se font par une porte unique, qui ouvre directement sur les vestiaires et le foyer. Deux allées longent les péristyles et desservent les gradins par les côtés. Les comédiens arrivent de la Comédie-Française par les sous-sols. C’est également par cette voie que passent l’ensemble des fluides et les moyens de communication. Jacques Anglade, dirigeant du bureau d’études éponyme et concepteur de la structure bois, explique : « Vu le temps très court dévolu au montage, j’ai proposé une préfabrication en grands éléments de parois fermées, et de toitures pré-étanchées ». C’est au total près de 1 000 m3 de bois, essentiellement de l’épicéa en provenance d’Autriche, mais aussi 5 t de quincaillerie, qui auront été nécessaires à cette réalisation. Le projet a représenté 600 heures d’études, 1 500 heures de fabrication en atelier, 5 000 heures de montage et 60 semi-remorques pour approvisionner, dans les temps, tous les éléments de ce gigantesque “Meccano”.

 Le bois s’est imposé

Pour maintenir des qualités suffisantes d’exploitation de confort, les maîtrises d’œuvre et d’ouvrage ont très vite pensé au bois. L’utilisation du seul matériau “bois” a permis de conjuguer une écriture architecturale simple et efficace, et surtout une mise en œuvre très rapide, les différents composants étant tous préfabriqués en atelier. Quatre mois ont été nécessaires pour la mise en œuvre complète de l’ouvrage, réalisé en ossature et panneaux contrecollés de bois massif (KLH de Lignatec). La trame de 24 panneaux par côté, 48 panneaux au total, a été axée sur les travées des caves situées sous l’ouvrage. Cette technique a garanti un chantier “propre”, peu consommateur d’eau, peu bruyant et générateur d’une quantité limitée de déchets, des atouts de taille pour un chantier situé au cœur de Paris, et de plus, dans un site classé. Outre ses qualités acoustiques naturelles, le bois apporte aussi une certaine  “chaleur” visuelle, sans nécessiter l’ajout de matériaux et de décors complémentaires. La structure, autant pour des raisons d’économie que de rapidité de mise en œuvre, devait pouvoir rester apparente et se suffire à elle-même. Enfin, la technique de préfabrication et d’assemblage retenue permet un démontage à terme, suivi d’une réutilisation. Cette contrainte a fait partie intégrante du cahier des charges du projet dans lequel il était déjà envisagé de réutiliser l’ouvrage lors de la rénovation lourde d’autres théâtres.

Assurer le confort thermique et acoustique

Ces solutions techniques, hormis la facilité d’assemblage et de démontage, devaient être compatibles avec des conditions de confort thermique et acoustique “normales”. Là encore, le pragmatisme a prévalu. La qualité acoustique a été obtenue par la superposition de deux parois de grandes dimensions (10 m x 3 m) de type “KLH”, et séparées par 30 cm en moyenne de laine minérale Ce type d’isolant est économique, facile à mettre en œuvre, tout en présentant des qualités thermo-acoustiques reconnues. Il permet également de réduire la réverbération de la salle et d’assurer un confort acoustique normal. L’acoustique a été également optimisée par la mise en œuvre de réflecteurs en bois disposés au-dessus de la salle, et d’abat-sons implantés au niveau du cadre de scène. Le confort thermique a été, apporté par l’isolation des cloisons, mais aussi par les 30 cm de laine de verre inclus dans les panneaux de toiture, déjà recouverts en atelier d’une membrane PVC assurant leur étanchéité.

Gérer un bâtiment à faible inertie thermique

L’ouvrage est alimenté par quatre centrales de traitement d’air (CTA), conçues pour assurer à la fois la production de chaleur, de froid et de renouvellement d’air. La CTA permet de climatiser, de chauffer, mais aussi de renouveler l’air des locaux, dont les besoins en air neuf sont importants. En hiver (mode chaud) et en été (mode froid), cet équipement fonctionne avec un minimum d’air neuf et un maximum d’air recyclé, afin d’économiser l’énergie. C’est l’inverse en demi-saison, la CTA fonctionnant le plus souvent en air neuf pour favoriser le rafraîchissement des locaux avec de l’air extérieur froid (technique du free-cooling). De plus, le bâtiment profite indirectement d’un chauffage par le sol “partiel”, le sol récupérant une partie des calories émises par les locaux situés en sous-sol, et chauffés. De l’avis de Jacques Anglade, qui a pu assister à une première représentation dans des conditions normales d’utilisation, le résultat est satisfaisant en termes de confort. Seul un rodage paraît nécessaire au niveau du pilotage et de la régulation, pour s’adapter à un bâtiment qui présente une inertie thermique réduite, comparativement à une structure “lourde” traditionnelle.

Gérard Guérit

 

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